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Les mensonges racistes et homophobes de Ludovic Pajot, député FN

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A la veille de la journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie 2018, le député FN a associé « homophobie massive » et « immigration massive » en s’appuyant mensongèrement sur le rapport annuel de SOS Homophobie. Ce faisant, il rappelle le fonds de commerce raciste de son parti, et cherche à en masquer la haine viscérale à l’égard des homos et des trans.

Portrait de Ludovic Pajot, député FN

Par le Collectif Irrécupérables

Le communiqué de Ludovic Pajot commence par rappeler quelque chiffres saillants du rapport de SOS Homophobie : augmentation des agressions rapportées de 4,8 %, et des agressions physiques rapportées de 15 %. Le frontiste ne précise pas que cette augmentation concerne les agressions « rapportées », ce qui éclairerait les données du rapport. La rigueur ne passera pas par lui.

L’élu FN dénonce ensuite « certains raccourcis qui ciblent, naïvement ou idéologiquement, la responsabilité des débats sur le mariage pour tous ou ceux sur la PMA-GPA ». Ludovic Pajol dédouane ainsi les opposant·es à l’égalité des droits, dont son propre parti, de la libération de la parole homophobe qui favorise les agressions.

L’homophobie ne se limite pas aux agressions ou aux insultes. Elle consiste à hiérarchiser la société en fonction de l’orientation sexuelle, la transphobie en fonction de l’identité de genre. En refusant l’égalité, on fait des homos et des trans des sous-citoyen·nes et on favorise leur stigmatisation quotidienne ; en indiquant qu’ils et elles sont des dangers pour la société, la famille ou les enfants, on favorise l’exclusion et les agressions.

Qu’il s’appelle Front ou Rassemblement national, ce parti porte une haine historique et viscérale des minorités sexuelles. Il représente un danger permanent pour les personnes LGBTQI+, y compris pour leur intégrité physique, leurs droits, leur dignité, leur sécurité.

Opposant à l’égalité devant le mariage, le FN s’est aussi opposé au PaCS. Dans les campagnes électorales des années 2000, Jean-Marie Le Pen promettait de le supprimer au motif que « la loi dispose, normalement, dans l’intérêt général. Elle n’a pas à légiférer au profit de lobbies organisés (moins de trente mille personnes, dont un quart à Paris), prétendant imposer leurs comportements déviants en modèle social normatif ». « Lobby », « comportement déviant imposés à la norme de la société » : on voit bien que la Manif pour tous, invitée et citée par tous les médias cette année à propos de la PMA, n’a rien inventé. On voit bien aussi le pouvoir de nuisance du Front national à l’égard des personnes LGBTQI+.

Bien sûr, le parti peut essayer de faire bonne figure en mettant en avant ses personnalités gays : Philippot, avant qu’il ne s’en aille, Briois, etc. C’est d’ailleurs la stratégie que Jean-Marie Le Pen adopte avant d’être exclu de la présidence d’honneur du parti dans une interview à un magazine dont on se demande ce qu’il a de « friendly » en dehors du titre. Le Pen y alterne ses provocations homophobes à la mention de l’homosexualité de « presque tous » ses collaborateurs ou de personnalités. Selon lui, on ne pourrait pas taxer d’homophobie « un parti où il y avait Philippot et un certain nombre de personnes dont l’homosexualité était connue. » C’est oublier que l’homosexualité de cet ancien responsable, comme celle de Briois, a été rendue publique par des médias, non par les intéressés qui ont subi des violences homophobes au sein de leur parti. Le FN sait jouer de responsables racisés pour se défendre de tout racisme, pourquoi n’adopterait-il pas la même stratégie avec l’homosexualité ?

L’homophobie est, avec l’antisémitisme négationniste et le racisme, constitutive de l’ascension du parti dans les années 1980, notamment à travers les discours de Le Pen sur le sida. Le Front national, c’est l’accusation faite aux homosexuels, appelés « sodomites », d’être responsables de la pandémie quand ils en ont été les premières victimes. C’est le combat pour faire dépister obligatoirement les gays (mais aussi les usager·es de drogues ou les migrant·es), au mépris de toute éthique, comme de toute efficacité sanitaire. C’est la création du mot « sidaïque », destiné à rimer avec judaÏque, et la proposition lancée à la télévision d’enfermer les malades, supposé·es contagieux·ses par leur sueur, dans des « sidatoriums ». Le FN n’est jamais revenu sur ces propositions.

L’année dernière, Buzzfeed publiait une enquête sur les candidat·es FN aux législatives ayant tenu sur les réseaux sociaux des propos racistes, parmi lesquels les propos antisémites, ou homophobes. Assimilation constante de l’homosexualité à la pédophilie, selfie de Marine Le Pen avec un député russe particulièrement virulent dans son homophobie, insultes répétées (« tante », « fiotte », etc.), et bien sûr combat contre l’égalité des droits : voilà ce que les gays ayant voté FN ont approuvé [1], voilà ce que Ludovic Pajol tente de cacher.

L’homophobie ne viendrait donc pas du FN ou de la Manif pour tous, mais bien de « l’immigration massive », des banlieues et des musulmans. « Un grand nombre d’actes homophobes sont le fait de populations étrangères qui considèrent l’homosexualité comme une déviance honteuse voire un crime. Ainsi, dans certains quartiers où le « vivre-ensemble » règne en maître, les homosexuels sont traqués et attaqués régulièrement. En parallèle, les discours haineux de certains prêcheurs islamistes accompagnent et cautionnent ces violences intolérables. », ose écrire Ludovic Pajot, alors que rien dans le rapport de SOS Homophobie qu’il cite au préalable, ne soutient de telles accusations. L’augmentation des agressions rapportées, par exemple, n’y est pas mise en relation par l’association avec l’immigration ou les musulman·es. Il s’agit donc bel et bien de mensonges racistes et homophobes, dévoyant l’expertise produite par une association de défense des droits LGBTQI+.

L’articulation du racisme et de l’homophobie n’est pas nouvelle au sein du FN, comme on l’a déjà vu. Elle fut meurtrière, et pas seulement à cause du sida à qui le parti de Le Pen apporta une politique complice. Le 1er mai 1995, en marge de la manifestation du parti, des militants se dirigent vers le quai des Tuileries, connu pour être un lieu de drague gay, avec la volonté admise ensuite au tribunal de casser du pédé. Ils trouvèrent un père de famille arabe. Leur homophobie n’ayant pas d’exutoire, ils passèrent au crime raciste et jetèrent Brahim Bouarram à la Seine. Il mourra dans cet assassinat raciste à préméditation homophobe.

Trente-trois ans après, Ludovic Pajot tente d’être plus subtil. C’est dans l’ère du temps mais nous ne sommes pas dupes. Il cherche à masquer, sans succès, l’homophobie de son parti, et à se servir des luttes LGBTQI+ à des fins racistes. Mais sa politique est haineuse et dangereuse à l’égard des homos, des trans, des musulmans, des migrant·es. L’opposition qu’il fait entre minorités sexuelles et minorités raciales n’est que de la rhétorique.

Des membres du parti savent d’ailleurs très bien coordonner, et non opposer, attaques homophobes et attaques racistes, ici islamophobes ; Marion Maréchal Le Pen avait par exemple assimilé mariage de couples d’hommes ou de femmes avec la « polygamie des musulman·es ».

Pajot lui aussi sait être raciste et homophobe en même temps, mettant à mal sa stratégie de pinkwashing. C’est ainsi qu’il a voté pour la réduction des délais de demande de droits d’asile dans le cadre de la loi Collomb. Il mettait ainsi en danger la vie et la protection de tou·tes les réfugié·es (racisme) et parmi elles et eux, les demandeur·ses d’asile LGBTQI+, dont les droits sont encore plus difficiles à tenir, et à qui il promet une expulsion dans des pays où elles et ils seront persécuté·es, voire assassiné·es. Les agresseurs du FN ont troqué leur batte de baseball pour une cravate de parlementaire et des amendements meurtriers.

Il faut donc combattre l’instrumentalisation raciste des luttes LGBTQI+ par le FN, dont ce communiqué du 17 mai n’est qu’une des manifestations les plus grossières. Mais cette lutte ne pourra être efficace sans montrer que cette instrumentalisation raciste est reprise dans le champ républicain : après tout, la loi qu’a soutenue Pajot est une loi d’En Marche. Effacer l’homophobie prégnante dans la société, la rabattre exclusivement sur les banlieues, sur les migrant·es, sur les musulman·es, (comme pour le sexisme, comme pour l’antisémitisme) c’est bien là un discours et des pratiques que l’on retrouve dans les partis de gauche et de droite, de Valls à Wauquiez, dans les institutions censées combattre les haines comme la Dilcrah, notamment sous Gilles Clavreul, ainsi que dans la société civile, par exemple au sein du Printemps Républicain.

Il est temps que l’ensemble des militants LGBTQI+, et notamment les gays qui dominent les postes à responsabilité des grandes associations, s’emparent de ces questions urgentes. Comment combattre l’homophobie du FN sans dénoncer l’instrumentalisation raciste des luttes pour les droits des LGBTQI+ ? Comment combattre le FN sans dénoncer les mêmes pratiques de dévoiement raciste et LGBTQI-phobe de nos combats dans le champ républicain ?

Image de Une : portrait de Ludovic Pajot par Jérémy-Günther-Heinz-Jähnick disponible selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Partage dans les Mêmes Conditions


[1] Selon des notes du Cevipof (Centre d’étude de la vie politique française).